Les sages de Safed
Pendant quelques décennies extraordinaires du XVIᵉ siècle, la petite ville de Safed réunit plus de grands esprits que n’importe quelle autre ville du monde juif. Ils priaient dans les synagogues les uns…
Pendant quelques décennies extraordinaires du XVIᵉ siècle, la petite ville de Safed réunit plus de grands esprits que n’importe quelle autre ville du monde juif. Ils priaient dans les synagogues les uns des autres, siégeaient dans les tribunaux les uns des autres, débattaient, s’ordonnaient et s’alliaient par mariage. Voici quelques-uns de ceux dont la vie a croisé celle de Maran.
Rabbi Ya‘akov Beirav (Mahari Beirav)
Le premier sage de Safed à l’arrivée de Caro, à la tête de sa yéchiva et de son tribunal. En 1538, il entreprit de renouveler l’ordination rabbinique, premier maillon du rétablissement d’un Sanhédrin. Caro fut parmi les quatre qu’il ordonna. Lorsque le projet fut bloqué depuis Jérusalem, Beirav quitta la Terre ; Caro lui succéda à la tête du tribunal et poursuivit sa yéchiva.
Rabbi Moché di Trani (le Mabit)
Collègue de Caro à la tête du tribunal rabbinique de Safed et lui-même auteur de responsa. Les deux grands juges n’étaient pas toujours d’accord — leurs divergences remplissent des pages de la littérature halakhique —, mais ensemble ils firent du tribunal de Safed l’adresse de tout le monde juif.
Rabbi Chelomo HaLévi Alkabets
Poète, kabbaliste et compagnon de Caro depuis leurs années dans les Balkans ottomans. C’est Alkabets qui écrivit la lettre décrivant la nuit de Chavouot où parla le Maguid et qui, comme Caro, répondit à son appel : il s’installa à Safed au milieu des années 1530. Son hymne Lekha Dodi, chanté chaque vendredi soir dans les synagogues du monde entier, est né dans le Safed de Maran.
Rabbi Moché Cordovero (le Ramak)
Beau-frère d’Alkabets, compté parmi les élèves de Caro. Ordonné jeune, il devint le grand systématiseur de la kabbale avant l’Arizal ; son Pardès Rimonim reste un pilier de la pensée kabbalistique. Selon une tradition, l’Arizal lui-même conseilla à Caro d’étudier la kabbale à travers l’enseignement du Ramak plutôt que le sien.
Rabbi Moché Alchikh (l’Alchikh HaKadoch)
Élève de Caro depuis sa jeunesse, il le suivit à Safed, l’appelait « mon père », siégea comme juge dans son tribunal et fut ordonné par lui dans l’effort de maintenir vivante la semikha de Beirav. Son commentaire de la Torah est encore largement étudié. Sa propre synagogue, toute proche, serait l’une des rares de Safed à avoir survécu aux séismes ; selon la tradition, des sages dont Caro et l’Arizal venaient y écouter ses sermons du Chabbat.
Rabbi Its‘hak Louria (l’Arizal)
Il arriva à Safed en 1570, de plus de quarante ans le cadet de Caro, et en à peine deux ans transforma pour toujours la mystique juive. La tradition raconte que les deux géants — le maître de la Torah révélée et le maître de la Torah cachée — en vinrent à se vénérer mutuellement et unirent leurs familles par un mariage. (Voir Le Lion et le Maître.)
Rabbi ‘Haïm Vital
Le principal disciple de l’Arizal, qui consigna son enseignement, et élève de l’Alchikh, qui l’ordonna en 1590 — si bien que la semikha reçue par Caro en 1538 lui parvint par l’intermédiaire de l’Alchikh.
Visiteurs et correspondants
- Rabbi David ibn Zimra (le Radbaz) et Rabbi Ya‘akov de Castro, grands sages d’Égypte, vinrent à Safed pour le voir.
- Zekharia al-Dhahiri, le poète et voyageur yéménite, laissa un témoignage oculaire de Caro enseignant à ses élèves le Chabbat.
- Rabbi Moché Isserles (le Rema) de Cracovie, le grand homologue ashkénaze de Caro, dont les gloses sur le Choul‘han Aroukh en firent le code de tout Israël.
- Rabbi Yossef ibn Lev d’Istanbul, qui hésita d’abord à laisser ses élèves s’appuyer sur le Beit Yossef — jusqu’à ce qu’une source oubliée le fasse changer d’avis. (Voir La source qui ne revenait pas.)
- Rabbi Élisha Gallico, sage de Safed, à qui Caro demanda de rédiger l’une des dernières ordonnances communautaires de sa vie.
Et plus tard : le Chla HaKadoch
Rabbi Yecha‘ya HaLévi Horowitz (v. 1565–1630), connu par le titre de sa grande œuvre, Chné Lou‘hot HaBrit, arriva en Terre d’Israël un demi-siècle après la mort de Maran. Dans sa section sur Chavouot, il conserva la lettre de Rabbi Chelomo Alkabets sur la nuit où parla le Maguid — et c’est grâce au Chla que la coutume d’étudier toute la nuit de Chavouot se répandit dans le monde juif.