24 hèchvan 5787 Parachah ‘Hayé Sarah

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Récits et traditions · Mystique

Le Lion et le Maître

Tradition 3 min de lecture

En 1570, un jeune homme d’environ trente-six ans arriva d’Égypte à Safed avec sa famille. Il chercha à dissimuler sa grandeur, mais en quelques mois toute la ville parlait de Rabbi Its‘hak Louria — l’Ari, « le Lion ». Rabbi Yossef Caro avait alors dépassé quatre-vingts ans : président du tribunal rabbinique, auteur du Beit Yossef et du Choul‘han Aroukh, il était le rabbin le plus honoré du monde juif.

Une alliance entre deux maisons

La tradition rapporte que Rabbi Yossef Caro cherchait une épouse pour son fils Chelomo, né en 1555, et qu’il entendit parler de la fille du nouveau venu. Il était convaincu que la famille Louria était celle qui convenait, et le respect entre les deux sages était réciproque. Toute la ville, dit-on, bruissait de la nouvelle. Les fiançailles furent célébrées dans la maison des Louria, où les sages de Safed s’étaient réunis pour se réjouir — et les paroles prononcées par le père de la fiancée s’élevèrent au-dessus de toutes les autres.

Ce soir-là, raconte-t-on, Rabbi Yossef Caro rentra tard chez lui et rapporta à son épouse, qui n’avait pu être présente, ce qu’il avait entendu. Les mots lui manquaient. Une telle profondeur dans le sens intérieur de la Torah et des mitsvot, dit-il, dépassait ce qu’il aurait cru accessible à un être humain ; l’âme de cet homme devait venir des premiers prophètes. Puis sa joie se mua en crainte : « Notre génération n’est pas digne d’une telle lumière. Je crains qu’il ne demeure pas longtemps parmi nous. » Deux ans plus tard, à l’été 1572, l’Arizal quittait ce monde à l’âge de trente-huit ans.

La leçon qu’il passa à dormir

Après cette soirée, poursuit la tradition, le vieux Rabbi Yossef Caro — assez humble pour chercher un maître de plus de quarante ans son cadet — demanda à l’Arizal de lui enseigner la kabbale. L’Arizal hésitait, mais ils étudièrent ensemble à quelques reprises. Puis il dit doucement à Rabbi Yossef Caro que son âme n’était pas destinée à recevoir cette sagesse par sa voie à lui ; il ferait mieux d’apprendre des enseignements de Rabbi Moché Cordovero, le Ramak. « Et voici le signe que j’ai raison, ajouta-t-il : dès que je commencerai à dévoiler les secrets, tu t’endormiras. » Et il en fut ainsi : chaque fois que l’Arizal commençait à parler des choses cachées, les yeux de Rabbi Yossef Caro se fermaient.

Ce récit n’est pas raconté pour diminuer Maran. La tradition explique que chaque grande âme a sa propre mission. Celle de Rabbi Yossef Caro était la Torah révélée — dresser la table de la halakha pour tout Israël — et il avait, pour les choses cachées, son propre maître céleste. On raconte une histoire semblable au sujet de son disciple, l’Alchikh, que l’Arizal renvoya lui aussi à sa propre tâche.

Le révélé et le caché

Le mariage, rapporte la tradition, fut célébré en 1570 avec la participation de toute la ville. On y vit davantage que l’union de deux familles : les deux faces de l’unique Torah — la révélée, codifiée par Maran, et la cachée, ouverte à nouveau par l’Arizal — réunies sous un même dais nuptial à Safed.