Récits et traditions · Histoire
L’ordination à Safed
La chaîne de la semikha — l’ordination rabbinique transmise de maître à disciple depuis que Moïse imposa les mains à Josué — était rompue depuis bien plus de mille ans. Sans elle, il ne pouvait y avoir de Sanhédrin, la grande cour de soixante et onze membres. Et sans Sanhédrin, enseignaient certains sages, la pleine délivrance ne pouvait advenir.
En 1538, Rabbi Ya‘akov Beirav, le plus éminent des sages de Safed, entreprit de renouer la chaîne. Il s’appuyait sur une décision de Maïmonide : si tous les sages de la Terre d’Israël s’accordaient pour ordonner l’un d’entre eux, l’ordination serait renouvelée. Les sages de Safed se réunirent et ordonnèrent Beirav, qui à son tour ordonna quatre érudits — parmi eux Rabbi Yossef Caro. C’était une époque d’intense aspiration à la délivrance ; beaucoup l’attendaient aux alentours de l’année hébraïque 5300 (1540).
À Jérusalem, Rabbi Lévi ibn ‘Haviv (le Ralbakh) objecta que les sages de Jérusalem n’avaient pas été consultés et que le renouvellement était sans valeur. Un vif échange de traités s’ensuivit. Beirav, menacé, quitta le pays ; la controverse resta sans solution.
Caro ne laissa pas la chaîne se rompre. Après la mort de Beirav, il ordonna son propre disciple, Rabbi Moché Alchikh ; et l’Alchikh, en 1590, ordonna Rabbi ‘Haïm Vital. Après lui, la lignée se tait. Mais pendant deux générations, dans les maisons d’étude de Safed, l’antique ordination revécut — et le beit midrach de Maran fut l’un de ses foyers.